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Full text of "La Complainte Du Vieux Marin"

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La complainte du vieux marin 

de 

Samuel Taylor Coleridge 

The Rime of the Ancient Mariner 
publiée en 1798 
(originally : The Rime of the Ancyent Marinere) 




traduction de A. Barbier 

sous le titre 
"La Ballade du Vieux Marin" 

publiée dans les œuvres posthumes de Auguste Barbier, 
membre de l'Académie Française, 
revues et mises en ordre par M. A. Lacaussade et E. Grenier 
parue dans les Nouvelles Etudes Littéraires et Artistiques 

1889 

avec, en outre, 
en vis-à-vis, le texte anglais et la traduction française 



par Albocicade 

2013 



Préambule 



Vue de ma campagne, la mer est quelque chose de très théorique. 

Aussi est-ce presque par inadvertance, qu'au détour de quelque page, j'ai croisé ce vieillard 
décharné qui m'a conté... 

Dans ce récit - qui tient de Robinson Crusoé (un livre toujours à relire), du "Juif errant" (le 
marin ne pouvant s'épargner de se raconter), et préfigure par certains aspects le "Manuscrit 
trouvé dans une bouteille" d'Edgar Poe - il nous emmène des glaces du Pôle Sud jusqu'au 
cœur de son drame. 

Par bêtise, désœuvrement ou jeu, il a tué l'albatros qui - tel un signe d'espoir - les a 
accompagnés parmi les montagnes de glace dans leur recherche d'un accès vers la pleine mer. 
Compagnonnage techniquement inutile, certes... mais était-ce une raison ? 
Et la mer retrouvée devient un tombeau. Dans une vision hallucinée, il décrit la fin de ses 
compagnons, son remord tenaillant, l'albatros "suspendu à son cou à la place de la croix"... 
puis la délivrance, la libération. 

Edgar Poe l'aurait laissé errer sans fin dans son remord ; Coleridge tire une toute autre 
conséquence, et sa finale mérite d'être citée : 

Cet homme qui a connu la plus absolue solitude, la détresse la plus totale s'adresse une 
dernière fois à son interlocuteur, retenu à la porte d'une fête : 

"Ah, plus doux qu'un festin de noce, 
Il m'est bien plus doux d'aller 
- en bonne compagnie - 
à l'église. 

Aller ensemble à l'église 
et tous ensemble prier, 

tandis que chacun s 'incline devant le Père suprême 
Vieillards et enfants, bons amis aussi, 
joyeux jeunes gens et jeunes filles. " 

avant d'ajouter cette conclusion que n'eut pas désavoué St Isaac le Syrien : 

"Il prie bien, celui qui aime bien 
tant l'homme, que l'oiseau, que la bête 

Il prie mieux, celui qui aime mieux 
toutes choses, tant grandes que petites, 
car le cher Dieu qui nous aime 
les a toutes fait, et toutes les aime. " 

13 juin 2009 

J'ai repris telle quelle la traduction de Barbier, n'y apportant, en tout, que deux corrections, 
signalées et expliquée. 

Par ailleurs, afin de donner à chacun d'apprécier le poème de Coleridge dans sa langue, j'ai 
placé à la suite de la traduction un vis-à-vis français-anglais. 



LA BALLADE DU VIEUX MARIN 

En sept parties 



PREMIÈRE PARTIE 

C'était un vieux marin ; 

trois jeunes gens passaient, il en arrêta un. 

— Par ta longue barbe grise et ton œil brillant, 
pourquoi m'arrêtes-tu ? 

La porte du marié est toute grande ouverte, 

je suis son proche parent, les hôtes sont arrivés, 

la noce est prête, n'en entends-tu pas le joyeux bruit ? 

Le vieux marin serrait le bras du jeune homme 
de sa main décharnée : 

— Il y avait un vaisseau... dit-il. 

— Lâche-moi, ôte ta main, drôle à barbe grise ! 
Et aussitôt la main tomba. 

Le marin retint le jeune homme avec son œil brillant. 
Le garçon de noce demeura tranquille 
et écouta comme un enfant de trois ans. 
C'était ce que voulait le marin. 

Le garçon de noce s'assit sur une pierre 
et ne put s'empêcher d'écouter ; 
et ainsi parla le vieil homme, 
le marin à l'œil brillant : 

— Le navire retentissait de cris, le port était ouvert : 
gaiement nous laissâmes derrière nous 

l'église, la colline et la tour du fanal. 

Le soleil parut à notre gauche, s'éleva de la mer, 
brilla et vint à notre droite se coucher dans la mer. 

De plus en plus haut, chaque jour, il monta dans le ciel, 
jusqu'à ce qu'il planât directement sur les mâts à l'heure de midi. 

— Ici le garçon de noce se frappa la poitrine, 
car il entendait les profonds accords du basson. 

La mariée était entrée dans la salle du banquet, 

vermeille comme une rose, 

et, tout en remuant la tête au son de la mesure, 

la bande joyeuse des musiciens marchait devant elle. 



Le garçon de noce se frappa la poitrine ; 
mais il ne put s'empêcher d'écouter, 
et ainsi continua le vieil homme, 
le marin à l'œil brillant : 

— Bientôt il s'éleva une tempête violente, irrésistible. 
Elle nous battit à l'improviste de ses ailes 
et nous chassa vers le sud. 

Sous elle, le navire, avec ses mâts courbés et sa proue plongeante, 
était comme un malheureux qu'on poursuit de cris et de coups, 
et qui, foulant dans sa course l'ombre de son ennemi, 
penche en avant la tête : 

ainsi nous fuyions sous le mugissement de la tempête 
et nous courions vers le sud. 

Alors arrivèrent ensemble 
tourbillons de brouillard et de neige, 
et il fit un froid très vif. 

Alors des blocs de glace hauts comme les mâts 
et verts comme des émeraudes 
flottèrent autour de nous. 

Les interstices de ces masses flottantes 

nous envoyaient un affreux éclat : 

on ne voyait ni figures d'hommes, ni formes de bêtes. 

La glace de tous côtés arrêtait la vue. 

La glace était ici, la glace était là, 

la glace était tout alentour. 

Cela craquait, grondait, mugissait et hurlait, 

comme les bruits que l'on entend 

dans une défaillance. 

Enfin passa un albatros : 

il vint à travers le brouillard ; 

et comme s'il eût été une âme chrétienne, 

nous le saluâmes au nom de Dieu. 

Nous lui donnâmes une nourriture 
comme il n'en eut jamais. 

Il vola autour de nous. Aussitôt la glace se fendit 

avec un bruit de tonnerre, 

et le timonier nous guida à travers les blocs. 

Et un bon vent du sud souffla par derrière le navire. 
L'albatros le suivit, et chaque jour, 
soit pour manger, soit pour jouer, 
il venait à l'appel du marin. 



Durant neuf soirées, 

au sein du brouillard ou des nuées, 

il se percha sur les mâts ou sur les haubans, 

et, durant toutes ces nuits, 

un blanc clair de lune luisait 

à travers la vapeur blanche du brouillard. 

— Que Dieu te sauve, vieux marin, 
des démons qui te tourmentent ainsi ! 
Pourquoi me regardes-tu si étrangement ? 

— C'est qu'avec mon arbalète, je tuai l'albatros. 



DEUXIÈME PARTIE 

Maintenant, le soleil se leva à droite, 
sortit de la mer tout enveloppé de brume, 
et vint se coucher, à gauche, 
dans les flots. 

Le bon vent de sud continua de souffler derrière nous : 
mais plus de doux oiseau qui nous suivît et qui vînt, 
soit pour jouer, soit pour manger, 
à l'appel du marin. 

J'avais commis une action infernale, 

et cela nous devait porter malheur. 

Tout le monde assurait que j'avais tué l'oiseau 

qui faisait souffler la brise ! 

Ni sombre ni rouge, mais comme le front même de Dieu, 

le glorieux soleil apparut à l'horizon. 

Alors tout le monde assura que j'avais tué l'oiseau 

qui amenait le brouillard et la brume. 

"C'est bien, disait-on, de tuer tous ces oiseaux 

qui amènent le brouillard et la brume." 

Le bon vent soufflait, la blanche écume volait, 
et le navire formait un long sillage derrière lui. 
Nous étions les premiers qui eussent navigué 
dans cette mer silencieuse. 

Soudain la brise tomba, 

les voiles tombèrent avec elle. 

Alors notre état fut aussi triste que possible. 

Nous ne parlions que pour rompre 

le silence de la mer. 



Dans un ciel chaud et tout d'airain, 

le soleil apparaissait comme ensanglanté, 

et planait, à l'heure de midi, juste au-dessus des mâts, 

pas plus grand que la lune. 

Durant bien des jours nous demeurâmes là, 
sans brise ni mouvement, 
tels qu'un vaisseau peint 
sur une mer peinte. 

L'eau, l'eau était partout, 

et toutes les planches du bord se resserraient. 

L'eau, l'eau était partout, 

et nous n'avions pas une goutte d'eau à boire. 

La mer se putréfia, 
ô Christ ! qui jamais l'aurait cru ? 
Des choses visqueuses serpentaient 
sur une mer visqueuse. 

Autour de nous, en cercle et en troupe, 
dansaient à la nuit, des feux de mort. 
L'eau, comme une huile de sorcière, 
était verte, bleue et blanche. 

Quelques-uns de nous eurent, en songe, 

connaissance certaine de l'esprit qui nous tourmentait ainsi. 

A neuf brasses au-dessous de la mer, 

il nous avait suivis 

depuis la région de brouillard et de neige. 

Chacune de nos langues, dévorée d'une soif extrême, 
était séchée jusqu'à la racine. 

Nous ne pouvions parler non plus que si l'on nous eût bouché 
le gosier avec de la suie. 

Ah !... hélas ! quels méchants regards 

me lançaient jeunes et vieux ! 

A la place de la croix, 

l'albatros était pendu à mon cou. [1] 

TROISIÈME PARTIE 

Un temps bien pénible s'écoula ainsi ; 

chaque gosier était desséché et chaque œil était vitreux 

comme celui des morts ; 

un temps bien pénible, un temps bien pénible ! 

Comme chaque œil vitreux était fatigué ! 

Mais voilà que, tandis que je regardais le couchant, 



j'aperçus quelque chose dans le ciel. 

D'abord cela me sembla une petite tache, 
et ensuite cela me parut comme du brouillard. 
Cela remua, remua, et prit enfin une certaine forme, 
que sais-je ? 

Une tache, un brouillard, une forme, que sais-je ? 
et toujours cela approchait, approchait, 
et comme si cela eût été une voile manœuvrée, 
cela plongeait, courait des bordées et filait du câble. 

Nos gosiers étaient si brûlants, nos lèvres si noires et si desséchées, 

que nous ne pouvions ni rire ni gémir. 

Avec notre extrême soif, nous demeurions muets. 

Je mordis mon bras, je suçai mon sang 

et m'écriai : "Une voile ! une voile ! " 

Mes compagnons aux gosiers brûlants, 

aux lèvres cuites et noires, m'entendirent parler. 

Miséricorde ! ils grimacèrent de joie, 

et tous à la fois aspirèrent leur haleine 

comme s'ils eussent fini de boire. 

Voyez, voyez ! criai-je, ce navire ne court plus de bordée : 
peut-être renonce-t-il à nous porter secours ! 
Pas la moindre brise et le moindre mouvement de flots ; 
il semble dormir sur sa quille." 

La vague occidentale était tout en flamme, 

le jour touchait à sa fin. 

Dès que la vague occidentale fut effleurée 

par le large et brillant disque du soleil, 

cette forme étrange vint se placer entre lui et nous. 

Et sur-le-champ le soleil fut taché de barres noires 

(que la Reine du ciel nous prenne en grâce !), 

comme si cet astre avait apparu avec sa large et brillante figure 

derrière la grille d'un donjon. 

Hélas ! pensai-je (et mon cœur battit violemment), 
comme ce navire approche vite, vite ! 
Sont-ce ses voiles, ces choses qui se dessinent sur le soleil 
comme des filaments de plante sans cesse agités ? 

Sont-ce ses charpentes, ces barres à travers lesquelles le soleil 
luit comme à travers une grille ? 

Et cette femme qui est dessus, est-ce là tout son équipage ? 
Est-ce là ce qu'on appelle la Mort ? N'en vois-je pas deux ? 
La compagne de cette femme n'est-elle pas aussi la Mort ?" 



Ses lèvres étaient rouges, ses regards hardis, 

elle avait les cheveux jaunes comme de l'or, 

et la peau blanche comme celle d'un lépreux. 

C'était ce cauchemar qui gèle et ralentit le sang de l'homme, 

Vie-dans-la-Mort. 

Le navire squelette passa près de notre bord, 

et nous vîmes le couple jouant aux dés. 

"Le jeu est fini, j'ai gagné, j'ai gagné !" dit Vie-dans-la-Mort ; 

et nous l'entendîmes siffler trois fois. 

Les extrémités supérieures du soleil plongèrent dans l'onde ; 
les étoiles jaillirent du ciel, et d'un seul bond vint la nuit. 
La barque spectre s'éloigna sur la mer 
avec un murmure qu'on entendait de loin. 

Nous écoutions et jetions des regards obliques sur l'Océan. 
La crainte semblait boire à mon cœur, comme à une coupe, 
tout mon sang vital. 

Les étoiles devinrent ternes, la nuit épaisse, 

et la lampe du pilote faisait voir la pâleur de sa face. 

La rosée tomba des voiles, 

la lune éleva son croissant à l'orient. 

A sa pointe inférieure, 

il y avait une étoile brillante. 

Aux clartés de cette lune singulière, l'un après l'autre, 
et sans prendre le temps de gémir ou de soupirer, 
chacun de mes camarades tourna son visage vers moi 
dans une angoisse épouvantable, et me maudit du regard. 

Quatre fois cinquante hommes vivants, 
et je n'entendis ni soupir ni gémissement, 
avec un bruit sourd et comme des blocs inanimés, 
tombèrent tour à tour sur le plancher. 

Leurs âmes s'envolèrent de leurs corps. 
Elles s'envolèrent à la félicité ou au malheur, 
et chacune, en passant près de moi, 
retentit comme le sifflement d'une arbalète. 

QUATRIÈME PARTIE 

— J'ai peur de toi, vieux marin, 
j'ai peur de ta main décharnée ! 
Tu es long, maigre et brun 



comme du sable de mer quand la vague s'est retirée. 

J'ai peur de toi, de ton œil brillant 

et de ta main décharnée, si brune. 

— Ne crains rien, ne crains rien, garçon de noce, 

ce corps n'est pas tombé à terre. 

Seul, seul, je restai debout, 

tout seul, tout seul, sur la vaste, la vaste mer, 

et pas un saint n'eut pitié de ma pauvre âme à l'agonie. 

Tant d'hommes, tant d'hommes si beaux ! 
Ils gisaient là, tous morts, 
et mille choses visqueuses vivaient autour d'eux 
et moi aussi ! [2] 

Je regardai la mer en putréfaction 
et détournai mes yeux de ce spectacle. 
Je les reportai sur le pont du vaisseau, 
il était également en putréfaction : 
sur ses planches gisaient les corps morts 
de mes camarades. 

Je regardai le ciel et voulus prier, 

mais avant qu'une prière s'élançât de mes lèvres, 

un méchant murmure m' arrivait 

et faisait mon cœur aussi sec que de la poussière. 

Je fermai mes paupières et je les tins fermées, et, sous elles, 

les boules de l'œil battaient comme le pouls dans la veine ; 

car le ciel et la mer, la mer et le ciel, 

pesaient comme un fardeau sur mes yeux fatigués ; 

et les morts étaient étendus à mes pieds. 

Une sueur froide ruisselait de leurs membres, 
quoiqu'ils ne fussent ni puants ni corrompus. 
Le regard qu'ils avaient jeté sur moi en mourant 
était encore tout entier dans leurs yeux. 

La malédiction d'un orphelin pourrait tirer 

du ciel même un esprit et le précipiter en enfer ; 

mais en est-il de plus terrible que celle qui brille 

dans l'œil d'un homme mort ? 

Sept jours et sept nuits je vis cette malédiction, 

et je ne pouvais mourir. 

Pendant ce temps, la lune mobile montait dans le ciel ; 
elle montait doucement, avec une étoile ou deux près d'elle. 



Ses rayons se jouaient sur la mer sans haleine : 

on eût dit la gelée blanche qu'avril répand sur la terre ; 

mais, au milieu de l'ombre projetée par le navire, 

l'onde ensorcelée brûlait toujours calme et d'un rouge terrible. 

Au-delà de ce reflet, j'aperçus des serpents d'eau ; 

ils se mouvaient dans des voies de clarté blanche, 

et quand ils dressaient leurs têtes au-dessus de l'onde, 

une lumière fantastique s'en détachait en nombreuses étincelles blanches. 

Passaient-ils dans l'ombre du vaisseau, 
j'admirais encore leur riche parure, 

leurs belles robes bleues, vert lustré et couleur de velours noir. 
Ils nageaient, louvoyaient, 

et chacune de leurs traces était un éclair de feu d'or. 

O heureuses choses vivantes ! 

nulle langue ne peut exprimer leurs beautés ! 

Un élan d'amour jaillit de mon cœur ; 

je les bénis involontairement. 

Il était sûr que mon bon patron avait pitié de mon âme ; 
je les bénis involontairement. 

Au même instant, je pus prier. 
De mon cou libre tomba l'albatros, 
et l'oiseau s'enfonça comme un plomb 
dans la mer. 

CINQUIÈME PARTIE 

O sommeil ! c'est une chose douce et aimée 
de l'un à l'autre pôle que le sommeil ! 
Louanges soient données à la vierge Marie, 
qui m'envoya du ciel le doux sommeil 
et le fit couler dans mon âme. 

Les seaux qui étaient restés 

si longtemps vides sur le pont 

me parurent, en songe, s'emplir de rosée, 

et quand je m'éveillai, il pleuvait. 

Mes lèvres étaient moites, mon gosier frais 
et mes vêtements tout humides. 
Bien certainement en mon rêve j'avais bu, 
et ma peau buvait encore. 

Je remuai, et je ne sentais pas mes membres. 

J'étais si léger que je crus avoir perdu la vie 

durant mon sommeil, et être devenu un esprit céleste. 



Et aussitôt j'entendis un vent mugir. 

Il ne vint pas jusqu'à moi, mais avec son bruit 

il agitait nos voiles, si amincies et si sèches. 

L'air supérieur prit de la vie, 

et mille pavillons de flamme y brillèrent ; 

ils couraient çà et là, et çà et là, alentour 

et dans les intervalles, les pâles étoiles dansaient. 

Et le vent qui venait mugit de plus en plus, 

et les voiles soupirèrent comme les joncs des marais, 

et la pluie tomba d'un noir nuage 

à l'extrémité duquel luisait la lune. 

L'épais nuage noir s'ouvrit ayant toujours la lune à son côté. 

Comme l'eau jaillissant d'un haut rocher, 

la lumière des éclairs tomba de son ouverture 

en rivière de feu large et profonde. 

Le vent ne toucha pas le vaisseau, 

et cependant le vaisseau marcha sur l'onde ! 

Aux feux des éclairs et aux clartés de la lune mêlés ensemble, 

les hommes morts poussèrent un soupir. 

Ils gémirent, ils s'agitèrent ; puis ils se levèrent, 
mais sans parler et sans remuer les yeux. 
C'eût été bien extraordinaire, même en rêve, 
de voir des morts se lever ! 

Le pilote se mit au gouvernail et le navire marcha 

sans cependant qu'aucune brise soufflât. 

Les marins allèrent travailler aux cordages 

là où ils avaient coutume de le faire. 

Ils levaient leurs membres comme des machines sans vie. 

Nous formions un effrayant équipage. 

Le corps du fils de mon frère était près de moi ; 

genou à genou, lui et moi nous tirions le même cordage, 

et cependant il ne me dit rien. 

— J'ai peur de toi, vieux marin ! 

— Sois tranquille, garçon de noce : 

ce n'étaient pas les âmes échappées dans l'angoisse 
qui animaient de nouveau ces cadavres, 
mais une troupe d'esprits célestes ; 

Car aussitôt que l'aurore apparut, ils laissèrent tomber leurs bras 

et se réunirent autour du grand mât. 

et alors de doux bruits s'échappèrent de leurs corps 

et sortirent lentement de leurs bouches. 



Autour d'eux, chaque doux son flottait quelque temps, 
puis il montait vers le soleil ; 

puis du soleil redescendaient lentement de pareils sons, 
tantôt seuls, tantôt mêlés. 

Parfois j'entendais tomber du ciel comme un chant d'alouette ; 
parfois une foule de petits oiseaux semblaient remplir 
la mer et l'air de leurs doux gazouillements. 

Ou bien c'était comme un concert de tous les instruments connus, 

ou le bruit d'une flûte solitaire, 

ou enfin comme le chant d'un ange qui rend muet 

et attentif à sa voix le ciel entier. 

La musique cessa. Cependant les voiles 

continuèrent à produire un murmure agréable 

jusque vers le milieu du jour. 

C'était un murmure semblable à celui que donne, 

dans les chaleurs du mois de juin 

et à travers le silence de la nuit et des bois, 

le cours d'un ruisseau caché. 

Jusqu'au milieu du jour, nous fîmes voile paisiblement, 
quoique aucune brise ne soufflât. 
Doucement, doucement voguait le navire, 
poussé seulement par-dessous la quille. 

Sous les flots, à neuf brasses profondes, 

glissait l'esprit qui nous avait suivis 

depuis la région de brouillard et de neige. 

C'était lui qui faisait aller le vaisseau. 

A midi, les voiles ne rendirent plus de son, 

et le vaisseau demeura tranquille comme avant. 

Le soleil plana droit au-dessus des mâts, 

et semblait avoir cloué le navire sur l'océan. 

Mais en une minute le navire éprouva une violente secousse, 

il recula, avança moitié sa longueur d'une façon brusque et pénible. 

Ensuite, comme un cheval qui piaffe 
et qu'on laisse partir, il fit un bond soudain, 
si fort que le sang reflua vers ma tête 
et que je tombai évanoui sur le pont. 

Combien de temps je restai dans cet état, 
c'est ce que je ne puis dire. 
Toutefois est-il qu'avant de revenir à la vie, 
j'entendis du fond de mon âme le bruit distinct 



de deux voix dans les airs. 

"Est-ce lui, disait l'une, est-ce bien là l'homme ? 
Par Celui qui mourut sur la croix ! 
est-ce là l'homme qui avec son arbalète 
jeta bas l'innocent albatros ? 

"L'esprit roi de la région de brouillard et de neige 
aimait l'oiseau qui aimait cet homme, 
qui l'a tué de son arbalète." 

L'autre voix était une voix plus douce, 
aussi douce qu'une rosée de miel ; et elle dit : 
"Cet homme a déjà fait pénitence, 
et il le fera plus encore." 



SIXIEME PARTIE 

PREMIÈRE VOIX 

Mais dis-moi, dis-moi ! parle-moi encore, 
renouvelle ta douce réponse. 
Qui est-ce qui fait marcher si vite ce vaisseau ? 
que fait l'Océan ? 

SECONDE VOIX 

Tranquille comme un esclave devant son seigneur, 

l'Océan n'a pas une haleine. 

Son grand œil brillant est tourné 

très silencieusement vers la lune... 

comme pour savoir quelle conduite il doit tenir, 

car, qu'il soit calme ou courroucé, 

la lune est son guide. 

Vois, frère, vois avec quelle grâce 

elle laisse tomber sur lui ses regards ! 

PREMIÈRE VOIX 

Mais pourquoi ce vaisseau marche-t-il si vite, 
sans impulsion de vagues et de vent ? 

SECONDE VOIX 

L'air est interrompu devant lui 

et fermé derrière. 

Vole, frère, vole ! plus haut, plus haut ! 

ou nous serons surpris : 

car ce vaisseau ira avec lenteur 

dès que se dissipera l'extase du marin. 



Je m'éveillai, et nous voguions comme par un joli temps. 
Il était nuit, nuit calme. La lune brillait haut dans le ciel. 
Tous les hommes morts, se tenaient ensemble. 

Tous étaient couchés ensemble sur le pont, 
plus semblable à un charnier qu'à autre chose, 
et tous fixaient sur moi leurs yeux de pierre, 
que la lune rendait brillants. 

L'angoisse, la malédiction dans lesquelles ils étaient morts 
étaient toujours exprimées par leurs regards. 
Je ne pouvais détourner mes yeux des leurs, 
ni les élever au ciel pour prier. 

Enfin le charme fut rompu. 

Je regardai encore une fois le vert Océan, 

et, en regardant au loin, je ne vis rien 

de ce que j'aurais remarqué dans un autre état. 

J'étais comme un voyageur qui, dans un chemin solitaire, 
marche escorté de la peur et de l'effroi, 
et qui, ayant regardé une fois autour de lui, 
continue son chemin sans plus retourner la tête, 
parce qu'il sait qu'un ennemi terrible 
lui ferme la route par derrière. 

Aussitôt je sentis un vent qui me venait au visage, 
et il ne faisait aucun bruit, ne causait aucun mouvement. 
Nul sillon bouillonnant et ombreux 
n'était tracé par lui sur la mer. 

Il souleva mes cheveux, il éventa mes joues 
comme une brise des prés au printemps, 
et, tout en se mêlant à mes craintes, 
il me fit l'effet d'une bienvenue. 

Vite, vite glissait le vaisseau 

tout en allant doucement. 

Avec douceur aussi soufflait la brise, 

mais elle ne soufflait que sur moi. 

O rêve de bonheur ! 
est-ce là vraiment la tour du fanal ? 
est-ce la colline, est-ce l'église, 
est-ce mon propre pays que je vois ? 

Nous franchîmes la barre du port, 
et je me mis à prier en sanglotant : 
O mon Dieu ! tire-moi du sommeil 



ou laisse-moi dormir toujours ! 

La rade du port avait la transparence d'un miroir, 
tant l'onde y était paisiblement étendue. 
Sur la baie se répandaient les clartés de la lune 
en même temps que ses ombres. 

Le rocher brillait sous ses rayons paisibles, 

ainsi que l'église bâtie dessus, 

et la girouette tranquille placée sur l'église. 

La baie était toute blanchie par la silencieuse clarté, 
jusqu'au moment où, s'élevant de son sein, 
nombre de figures qui n'étaient autre chose que des ombres 
se colorèrent de teintes rouges. 

Quand ces ombres rouges furent 

à peu de distance de la proue, 

je tournai mes yeux vers le pont du vaisseau. 

O Christ ! que vis-je là ? 

Chaque corps de marin y était étendu à plat et sans vie, et, 
par la sainte Croix ! 

un homme lumineux, un homme séraphin 
se tenait debout sur chaque cadavre. 

Cette troupe de séraphins agitait les mains : 
c'était un divin spectacle ! 
Chacun, belle forme lumineuse, 
faisait comme des signaux à la terre. 

Ils agitaient leurs mains, et pourtant 
ils ne proféraient aucune parole ; 
aucune parole... mais ce silence résonnait 
comme une musique dans mon cœur. 

Bientôt j'entendis le bruit des rames 
et l'acclamation d'un pilote. 
Ma tête se retourna forcément vers la mer, 
et je vis apparaître un canot. 

Un pilote et son mousse approchaient rapidement de moi. 
Cher Seigneur du Ciel ! 

c'était une joie que la vue de mes camarades morts 
ne pouvait empoisonner. 

Je vis une troisième personne... je reconnus sa voix. 
C'était le bon ermite... 

Il chantait hautement les hymnes sacrés qu'il avait composés dans les bois. 
Bon ! me dis-je, il me confessera et lavera mon âme du sang de l'albatros. 



SEPTIÈME PARTIE 



Ce bon ermite vit dans un bois qui descend jusqu'à la mer. 

Comme il fait monter hautement sa douce voix vers le ciel ! 

Il aime à causer avec les marins revenant des contrées lointaines. 

Il prie le matin, à midi, et le soir, 
et, pour prier, il a un coussin bien rondelet. 
C'est de la mousse qui recouvre entièrement 
le tronc pourri d'un vieux chêne. 

Le canot s'approcha. 

J'entendis les gens qui le montaient dire : 

— Voilà qui est étrange, en vérité ! 

Où sont ces lumières si nombreuses et si belles 
qui tout à l'heure nous faisaient des signes ? 

— C'est vraiment étrange ! dit l'ermite. 
Elles n'ont pas répondu à notre appel. 
Voyez ces planches déjetées, voyez ces voiles, 
comme elles sont amincies et fanées. 

Je n'en ai jamais vu de semblables. 

Je ne puis leur comparer 

que les trames des feuilles jaunes 

qui jonchent les bords du ruisseau de mon bois, 

quand les rameaux du lierre sont chargés de neige 

et quand le hibou hurle au loup qui, par derrière, 

mange le petit de la louve. 

— Cher Seigneur Dieu ! cela a un mauvais aspect, 
répliqua le pilote. Je suis tout effrayé. 

— Pousse au vaisseau, pousse 
dit hardiment l'ermite. 

Le canot vint plus près du navire, 
mais je ne parlai ni ne bougeai. 
Lorsqu'il fut tout à fait sous le vaisseau, 
un bruit soudain se fit entendre. 

Ce fut d'abord un grondement sous l'onde 

qui devint de plus en plus profond et terrible. 

Il arriva jusqu'au navire, il ouvrit l'eau du golfe, 

puis le vaisseau s'enfonça dans la mer comme un plomb. 



Étourdi par ce bruit immense et épouvantable 

qui ébranlait le ciel et l'Océan, 

je restai flottant sur les flots comme un homme 

qui a été submergé depuis sept jours, 

mais, aussi promptement qu'en rêve, 

je me trouvai dans le canot du pilote. 

Sur le tourbillon où plongea le navire, 

le canot fit plusieurs tours ; puis tout redevint calme, 

excepté la colline qui retentissait encore du bruit. 

Je remuai les lèvres, le pilote poussa un cri 
et tomba en défaillance. 
Le saint ermite leva les yeux et se mit à prier 
à l'endroit où il était assis. 

Je pris les rames ; 

le mousse, qui maintenant est quasi fou, 

poussa de longs et forts éclats de rire, 

et, tournant les yeux de côté et d'autre, se mit à dire : 

— Ha ! ha ! je vois pleinement que le diable 
s'y connaît à ramer. 

Et maintenant me voilà 

dans mon propre pays, sur la terre ferme. 

L'ermite sortit du canot ; 

à peine pouvait- il se tenir sur les jambes. 

Oh ! confesse-moi, 

confesse-moi, saint homme ! lui dis-je. 
L'ermite se signa. 

— Dis vite !... répondit- il, je l'ordonne, 
dis vite quelle espèce d'homme tu es. 

Au même instant mon être fut tourmenté 
par une douloureuse agonie 
qui me força de commencer mon histoire. 
Quand je l'eus terminée, je sentis mon cœur 
déchargé d'un grand poids. 

Depuis, à une heure incertaine, 

cette agonie me reprend, 

et jusqu'à ce que mon affreuse histoire soit dite, 

le cœur me brûle intérieurement. 

Je passe, comme la nuit, de terre en terre : 
j'ai une étrange puissance de parole. 
Du moment que j'ai vu sa figure, 
je sais l'homme qui doit m'écouter, 
et je lui apprends mon histoire. 



Mais quel vacarme sort de cette porte ? 
Tous les gens de la noce sont là. 
Sous la treille du jardin, 

la mariée et les compagnes de la mariée chantent. 
Silence ! la petite cloche du soir 
m'ordonne de prier. 

O garçon de noce ! 

cette âme a été seule sur la vaste, la vaste mer, 

et cette mer était si solitaire 

que c'est à peine si Dieu lui-même semblait y être. 

Ah ! s'il est doux d'être d'une fête de mariage, 
il est encore plus doux pour moi d'aller à l'église 
en bonne compagnie. 

D'aller à l'église en compagnie 
et d'y prier en compagnie, 

au milieu de gens qui s'inclinent devant le Père suprême, 

vieillards, enfants, bons amis, 

gais jeunes gens et joyeuses jeunes filles. 

Adieu, adieu ! 

mais je te dis ceci, garçon de noce ! 

il prie bien, celui qui aime bien, 

tout à la fois, hommes, oiseaux et bêtes. 

Il prie le mieux, celui qui aime le mieux 
également toutes choses, grandes et petites, 
car le cher Dieu, notre créateur, 
les fit toutes et les aime toutes. 

Sur ce, le marin à l'œil brillant 
et à la barbe blanchie par l'âge partit. 
Le garçon de noce s'éloigna à son tour 
de la porte du marié. 

Il s'en alla comme un homme étourdi 
et qui a perdu le sens. 
Le lendemain, il se leva 
plus triste, mais plus sage. 



Notes : 

1. Partie 2, fin : 

Ah ! well a-day ! what evil looks 
Had Ifrom old and young ! 



Instead of the cross, the Albatross 
About my neck was hung. 

Par une curieuse inadvertance, Barbier a traduit "cross" (croix) par arbalète (crossbow), ce qui 
donnait : 

Ah !... hélas ! quels méchants regards 
me lançaient jeunes et vieux ! 
A la place de mon arbalète, 
l'albatros était pendu à mon cou. 
Nous avons corrigé. 

2. Partie 4, 4° stance 

The many men, so beautiful ! 

And they ail dead did lie : 

And a thousand thousand slimy things 

Lived on ; and so did I. 
Barbier traduit, omettant la fin : 
Tant d'hommes, tant d'hommes si beaux ! 
Ils gisaient là, tous morts, 

et mille choses visqueuses vivaient autour d'eux ! 
j'ai donc rajouté "et moi aussi" 



The rime ofthe ancient Mariner 

revised version printed in 1817 

et 

La ballade du vieux marin 

en vis à vis 



PREMIÈRE PARTIE 

C'était un vieux marin ; trois jeunes gens 
passaient, il en arrêta un. — Par ta longue 
barbe grise et ton œil brillant, pourquoi 
m'arrêtes-tu ? 

La porte du marié est toute grande ouverte, je 
suis son proche parent, les hôtes sont arrivés, 
la noce est prête, n'en entends-tu pas le joyeux 
bruit ? 

Le vieux marin serrait le bras du jeune 
homme de sa main décharnée : — Il y avait 
un vaisseau... dit-il. — Lâche-moi, ôte ta 
main, drôle à barbe grise ! 

— Et aussitôt la main tomba. 

Le marin retint le jeune homme avec son œil 
brillant. Le garçon de noce demeura tranquille 
et écouta comme un enfant de trois ans. 
C'était ce que voulait le marin. 

Le garçon de noce s'assit sur une pierre et ne 
put s'empêcher d'écouter ; et ainsi parla le 
vieil homme, 
le marin à l'œil brillant : 

— Le navire retentissait de cris, le port était 
ouvert : gaiement nous laissâmes derrière 
nous l'église, la colline et la tour du fanal. 

Le soleil parut à notre gauche, s'éleva de la 
mer, brilla et vint à notre droite se coucher 
dans la mer. 



De plus en plus haut, chaque jour, il monta 
dans le ciel, jusqu'à ce qu'il planât directement 
sur les mâts à l'heure de midi. — Ici le garçon 



PART THE FIRST. 

It is an ancient Mariner, 

And he stoppeth one of three. 

"By thy long grey beard and glittering eye, 

Now wherefore stopp'st thou me ? 

"The Bridegroom's doors are opened wide, 
And I am next of kin ; 
The guests are met, the feast is set : 
May'st hear the merry din." 

He holds him with his skinny hand, 
"There was a ship," quoth he. 
"Hold off ! unhand me, grey-beard loon !" 
Eftsoons his hand dropt he. 

He holds him with his glittering eye — 
The Wedding-Guest stood sti.ll, 
And listens like a three years child : 
The Mariner hath his will. 

The Wedding-Guest sat on a stone : 
He cannot chuse but hear ; 
And thus spake on that ancient man, 
The bright-eyed Mariner. 

The ship was cheered, the harbour cleared, 

Merrily did we drop 

Below the kirk, below the hill, 

Below the light-house top. 

The Sun came up upon the left, 
Out of the sea came he ! 
And he shone bright, and on the right 
Went down into the sea. 

Higher and higher every day, 

Till over the mast at noon — 

The Wedding-Guest here beat his breast, 



de noce se frappa la poitrine, car il entendait 
les profonds accords du basson. 

La mariée était entrée dans la salle du 
banquet, vermeille comme une rose, et, tout 
en remuant la tête au son de la mesure, la 
bande joyeuse des musiciens marchait devant 
elle. 

Le garçon de noce se frappa la poitrine ; mais 
il ne put s'empêcher d'écouter, et ainsi 
continua le vieil homme, le marin à l'œil 
brillant : 

— Bientôt il s'éleva une tempête violente, 
irrésistible. Elle nous battit à l'improviste de 
ses ailes et nous chassa vers le sud. 



Sous elle, le navire, avec ses mâts courbés et 
sa proue plongeante, était comme un 
malheureux qu'on poursuit de cris et de coups, 
et qui, foulant dans sa course l'ombre de son 
ennemi, penche en avant la tête : ainsi nous 
fuyions sous le mugissement de la tempête et 
nous courions vers le sud. 

Alors arrivèrent ensemble tourbillons de 
brouillard et de neige, et il fit un froid très vif. 
Alors des blocs de glace hauts comme les 
mâts et verts comme des émeraudes flottèrent 
autour de nous. 

Les interstices de ces masses flottantes nous 
envoyaient un affreux éclat : on ne voyait ni 
figures d'hommes, ni formes de bêtes. La 
glace de tous côtés arrêtait la vue. 

La glace était ici, la glace était là, la glace 
était tout alentour. Cela craquait, grondait, 
mugissait et hurlait, comme les bruits que l'on 
entend dans une défaillance. 



Enfin passa un albatros : il vint à travers le 
brouillard ; et comme s'il eût été une âme 
chrétienne, nous le saluâmes au nom de Dieu. 

Nous lui donnâmes une nourriture comme il 



For he heard the loud bassoon. 



The bride hath paced into the hall, 
Red as a rose is she ; 
Nodding their heads before her goes 
The merry minstrelsy. 

The Wedding-Guest he beat his breast, 
Yet he cannot chuse but hear ; 
And thus spake on that ancient man, 
The bright-eyed Mariner. 

And now the STORM-BLAST came, and he 
Was tyrannous and strong : 
He struck with his o'ertaking wings, 
And chased south along. 

With sloping masts and dipping prow, 
As who pursued with yell and blow 
Still treads the shadow of his foe 
And forward bends his head, 
The ship drove fast, loud roared the blast, 
And southward aye we fled. 

And now there came both mist and snow, 
And it grew wondrous cold : 
And ice, mast-high, came floating by, 
As green as emerald. 

And through the drifts the snowy clifts 
Did send a dismal sheen : 
Nor shapes of men nor beasts we ken — 
The ice was ail between. 

The ice was here, the ice was there, 
The ice was ail around : 
It cracked and growled, and roared and 
howled, 

Like noises in a swound ! 

At length did cross an Albatross : 
Thorough the fog it came ; 
As if it had been a Christian soul, 
We hailed it in God's name. 

It ate the food it ne'er had eat, 



n'en eut jamais. Il vola autour de nous. 
Aussitôt la glace se fendit avec un bruit de 
tonnerre, et le timonier nous guida à travers 
les blocs. 

Et un bon vent du sud souffla par derrière le 
navire. L'albatros le suivit, et chaque jour, soit 
pour manger, soit pour jouer, il venait à 
l'appel du marin. 

Durant neuf soirées, au sein du brouillard ou 
des nuées, il se percha sur les mâts ou sur les 
haubans, et, durant toutes ces nuits, un blanc 
clair de lune luisait à travers la vapeur blanche 
du brouillard. 

— Que Dieu te sauve, vieux marin, des 
démons qui te tourmentent ainsi ! Pourquoi 
me regardes-tu si étrangement ? — C'est 
qu'avec mon arbalète, je tuai l'albatros. 



DEUXIÈME PARTIE 

Maintenant, le soleil se leva à droite, sortit de 
la mer tout enveloppé de brume, et vint se 
coucher, à gauche, dans les flots. 

Le bon vent de sud continua de souffler 
derrière nous : mais plus de doux oiseau qui 
nous suivît et qui vînt, soit pour jouer, soit 
pour manger, à l'appel du marin. 

J'avais commis une action infernale, et cela 
nous devait porter malheur. Tout le monde 
assurait que j'avais tué l'oiseau qui faisait 
souffler la brise ! 



Ni sombre ni rouge, mais comme le front 
même de Dieu, le glorieux soleil apparut à 
l'horizon. Alors tout le monde assura que 
j'avais tué l'oiseau qui amenait le brouillard et 
la brume. "C'est bien, disait-on, de tuer tous 
ces oiseaux qui amènent le brouillard et la 
brume." 



And round and round it flew. 

The ice did split with a thunder-fit ; 

The helmsman steered us through ! 

And a good south wind sprung up behind ; 
The Albatross did follow, 
And every day, for food or play, 
Came to the mariners' hollo ! 

In mist or cloud, on mast or shroud, 

It perched for vespers nine ; 

Whiles ail the night, through fog-smoke 

white, 

Glimmered the white Moon-shine. 

"God save thee, ancient Mariner ! 
From the fiends, that plague thee thus ! — 
Why look'st thou so ?" — With my cross-bow 
Ishot the ALBATROSS. 



PART THE SECOND. 

The Sun now rose upon the right : 
Out of the sea came he, 
Still hid in mist, and on the left 
Went down into the sea. 

And the good south wind still blew behind 
But no sweet bird did follow, 
Nor any day for food or play 
Came to the mariners' hollo ! 

And I had done an hellish thing, 

And it would work 'em woe : 

For ail averred, I had killed the bird 

That made the breeze to blow. 

Ah wretch ! said they, the bird to slay 

That made the breeze to blow ! 

Nor dim nor red, like God' s own head, 

The glorious Sun uprist : 

Then ail averred, I had killed the bird 

That brought the fog and mist. 

'Twas right, said they, such birds to slay, 

That bring the fog and mist. 



Le bon vent soufflait, la blanche écume volait, 
et le navire formait un long sillage derrière 
lui. Nous étions les premiers qui eussent 
navigué dans cette mer silencieuse. 

Soudain la brise tomba, les voiles tombèrent 
avec elle. Alors notre état fut aussi triste que 
possible. Nous ne parlions que pour rompre le 
silence de la mer. 

Dans un ciel chaud et tout d'airain, le soleil 
apparaissait comme ensanglanté, et planait, à 
l'heure de midi, juste au-dessus des mâts, pas 
plus grand que la lune. 

Durant bien des jours nous demeurâmes là, 
sans brise ni mouvement, tels qu'un vaisseau 
peint sur une mer peinte. 

L'eau, l'eau était partout, et toutes les planches 
du bord se resserraient. L'eau, l'eau était 
partout, et nous n'avions pas une goutte d'eau 
à boire. 

La mer se putréfia, ô Christ ! qui jamais 
l'aurait cru ? Des choses visqueuses 
serpentaient sur une mer visqueuse. 

Autour de nous, en cercle et en troupe, 
dansaient à la nuit, des feux de mort. L'eau, 
comme une huile de sorcière, était verte, 
bleue et blanche. 

Quelques-uns de nous eurent, en songe, 
connaissance certaine de l'esprit qui nous 
tourmentait ainsi. A neuf brasses au-dessous 
de la mer, il nous avait suivis depuis la région 
de brouillard et de neige. 

Chacune de nos langues, dévorée d'une soif 
extrême, était séchée jusqu'à la racine. Nous 
ne pouvions parler non plus que si l'on nous 
eût bouché le gosier avec de la suie. 

Ah !... hélas ! quels méchants regards me 
lançaient jeunes et vieux ! A la place de la 
croix, l'albatros était pendu à mon cou. [1] 



The fair breeze blew, the white foam flew, 
The furrow followed free : 
We were the first that ever burst 
Into that silent sea. 

Down dropt the breeze, the sails dropt down, 
'Twas sad as sad could be ; 
And we did speak only to break 
The silence of the sea ! 

AU in a hot and copper sky, 
The bloody Sun, at noon, 
Right up above the mast did stand, 
No bigger than the Moon. 

Day after day, day after day, 
We stuck, nor breath nor motion ; 
As idle as a painted ship 
Upon a painted océan. 

Water, water, every where, 
And ail the boards did shrink ; 
Water, water, every where, 
Nor any drop to drink. 

The very deep did rot : O Christ ! 
That ever this should be ! 
Yea, slimy things did crawl with legs 
Upon the slimy sea. 

About, about, in réel and rout 
The death-fires danced at night ; 
The water, like a witch's oils, 
Burnt green, and blue and white. 

And some in dreams assured were 
Of the spirit that plagued us so : 
Nine fathom deep he had followed us 
From the land of mist and snow. 



And every tongue, through utter drought, 
Was withered at the root ; 
We could not speak, no more than if 
We had been choked with soot. 

Ah ! well a-day ! what evil looks 
Had I from old and young ! 
Instead of the cross, the Albatross 
About my neck was hung. 



TROISIÈME PARTIE 

Un temps bien pénible s'écoula ainsi ; chaque 
gosier était desséché et chaque œil était 
vitreux comme celui des morts ; un temps 
bien pénible, un temps bien pénible ! Comme 
chaque œil vitreux était fatigué ! Mais voilà 
que, tandis que je regardais le couchant, 
j'aperçus quelque chose dans le ciel. 

D'abord cela me sembla une petite tache, et 
ensuite cela me parut comme du brouillard. 
Cela remua, remua, et prit enfin une certaine 
forme, que sais-je ? 

Une tache, un brouillard, une forme, que sais- 
je ? et toujours cela approchait, approchait, et 
comme si cela eût été une voile manœuvrée, 
cela plongeait, courait des bordées et filait du 
câble. 

Nos gosiers étaient si brûlants, nos lèvres si 
noires et si desséchées, que nous ne pouvions 
ni rire ni gémir. Avec notre extrême soif, nous 
demeurions muets. Je mordis mon bras, je 
suçai mon sang et m'écriai : "Une voile ! une 
voile !" 

Mes compagnons aux gosiers brûlants, aux 
lèvres cuites et noires, m'entendirent parler. 
Miséricorde ! ils grimacèrent de joie, et tous à 
la fois aspirèrent leur haleine comme s'ils 
eussent fini de boire. 

Voyez, voyez ! criai-je, ce navire ne court 
plus de bordée : peut-être renonce-t-il à nous 
porter secours ! Pas la moindre brise et le 
moindre mouvement de flots ; il semble 
dormir sur sa quille." 

La vague occidentale était tout en flamme, le 
jour touchait à sa fin. Dès que la vague 
occidentale fut effleurée par le large et brillant 
disque du soleil, cette forme étrange vint se 
placer entre lui et nous. 

Et sur-le-champ le soleil fut taché de barres 
noires (que la Reine du ciel nous prenne en 



PART THE THIRD. 

There passed a weary time. Each throat 
Was parched, and glazed each eye. 
A weary time ! a weary time ! 
How glazed each weary eye, 
When looking westward, I beheld 
A something in the sky. 

At first it seemed a little speck, 
And then it seemed a mist : 
It moved and moved, and took at last 
A certain shape, I wist. 

A speck, a mist, a shape, I wist ! 
And still it neared and neared : 
As if it dodged a water-sprite, 
It plunged and tacked and veered. 

With throats unslaked, with black lips baked, 

We could not laugh nor wail ; 

Through utter drought ail dumb we stood ! 

I bit my arm, I sucked the blood, 

And cried, A sail ! a sail ! 



With throats unslaked, with black lips baked, 
Agape they heard me call : 
Gramercy ! they for joy did grin, 
And ail at once their breath drew in, 
As they were drinking ail. 

See ! see ! (I cried) she tacks no more ! 
Hither to work us weal ; 
Without a breeze, without a tide, 
She steadies with upright keel ! 

The western wave was ail a-flame 
The day was well nigh done ! 
Almost upon the western wave 
Rested the broad bright Sun ; 
When that strange shape drove suddenly 
Betwixt us and the Sun. 

And straight the Sun was flecked with bars, 
(Heaven's Mother send us grâce !) 



grâce !), comme si cet astre avait apparu avec 
sa large et brillante figure derrière la grille 
d'un donjon. 

Hélas ! pensai-je (et mon cœur battit 
violemment), comme ce navire approche vite, 
vite ! Sont-ce ses voiles, ces choses qui se 
dessinent sur le soleil comme des filaments de 
plante sans cesse agités ? 

Sont-ce ses charpentes, ces barres à travers 
lesquelles le soleil luit comme à travers une 
grille ? Et cette femme qui est dessus, est-ce 
là tout son équipage ? Est-ce là ce qu'on 
appelle la Mort ? N'en vois-je pas deux ? La 
compagne de cette femme n'est-elle pas aussi 
la Mort ?" 

Ses lèvres étaient rouges, ses regards hardis, 
elle avait les cheveux jaunes comme de l'or, et 
la peau blanche comme celle d'un lépreux. 
C'était ce cauchemar qui gèle et ralentit le 
sang de l'homme, Vie-dans-la-Mort. 

Le navire squelette passa près de notre bord, 
et nous vîmes le couple jouant aux dés. "Le 
jeu est fini, j'ai gagné, j'ai gagné !" dit Vie- 
dans-la-Mort ; et nous l'entendîmes siffler 
trois fois. 

Les extrémités supérieures du soleil 
plongèrent dans l'onde ; les étoiles jaillirent 
du ciel, et d'un seul bond vint la nuit. La 
barque spectre s'éloigna sur la mer avec un 
murmure qu'on entendait de loin. 

Nous écoutions et jetions des regards obliques 
sur l'Océan. La crainte semblait boire à mon 
cœur, comme à une coupe, tout mon sang 
vital. 

Les étoiles devinrent ternes, la nuit épaisse, et 
la lampe du pilote faisait voir la pâleur de sa 
face. 

La rosée tomba des voiles, la lune éleva son 
croissant à l'orient. A sa pointe inférieure, il y 
avait une étoile brillante. 



As if through a dungeon-grate he peered, 
With broad and burning face. 

Alas ! (thought I, and my heart beat loud) 
How fast she nears and nears ! 
Are those her sails that glance in the Sun, 
Like restless gossameres ! 



Are those her ribs through which the Sun 

Did peer, as through a grate ? 

And is that Woman ail her crew ? 

Is that a DEATH ? and are there two ? 

Is DEATH that woman's mate ? 



Her lips were red, her looks were free, 

Her locks were yellow as gold : 

Her skin was as white as leprosy, 

The Night-Mare LIFE-IN-DEATH was she, 

Who thicks man's blood with cold. 

The naked hulk alongside came, 
And the twain were casting dice ; 
"The game is done ! I've won ! I've won !" 
Quoth she, and whistles thrice. 



The Sun's rim dips ; the stars rush out : 
At one stride cornes the dark ; 
With far-heard whisper, o'er the sea. 
Off shot the spectre-bark. 

We listened and looked sideways up ! 
Fear at my heart, as at a cup, 
My life-blood seemed to sip ! 

The stars were dim, and thick the night, 
The steersman's face by his lamp gleamed 
white ; 

From the sails the dew did drip — 
Till clombe above the eastern bar 
The horned Moon, with one bright star 
Within the nether tip. 



Aux clartés de cette lune singulière, l'un après 
l'autre, et sans prendre le temps de gémir ou 
de soupirer, chacun de mes camarades tourna 
son visage vers moi dans une angoisse 
épouvantable, et me maudit du regard. 

Quatre fois cinquante hommes vivants, et je 
n'entendis ni soupir ni gémissement, avec un 
bruit sourd et comme des blocs inanimés, 
tombèrent tour à tour sur le plancher. 

Leurs âmes s'envolèrent de leurs corps. Elles 
s'envolèrent à la félicité ou au malheur, et 
chacune, en passant près de moi, retentit 
comme le sifflement d'une arbalète. 



QUATRIÈME PARTIE 

— J'ai peur de toi, vieux marin, j'ai peur de ta 
main décharnée ! Tu es long, maigre et brun 
comme du sable de mer quand la vague s'est 
retirée. 

J'ai peur de toi, de ton œil brillant et de ta 
main décharnée, si brune. 

— Ne crains rien, ne crains rien, garçon de 
noce, ce corps n'est pas tombé à terre. 

Seul, seul, je restai debout, tout seul, tout seul, 
sur la vaste, la vaste mer, et pas un saint n'eut 
pitié de ma pauvre âme à l'agonie. 

Tant d'hommes, tant d'hommes si beaux ! Ils 
gisaient là, tous morts, et mille choses 
visqueuses vivaient autour d'eux et moi aussi ! 
[2] 

Je regardai la mer en putréfaction et détournai 
mes yeux de ce spectacle. Je les reportai sur le 
pont du vaisseau, il était également en 
putréfaction : sur ses planches gisaient les 
corps morts de mes camarades. 

Je regardai le ciel et voulus prier, mais avant 
qu'une prière s'élançât de mes lèvres, un 
méchant murmure m'arrivait et faisait mon 
cœur aussi sec que de la poussière. 



One after one, by the star-dogged Moon 
Too quick for groan or sigh, 
Each turned his face with a ghastly pang, 
And cursed me with his eye. 

Four times fifty living men, 
(And I heard nor sigh nor groan) 
With heavy thump, a lifeless lump, 
They dropped down one by one. 

The soûls did from their bodies fly, — 
They fled to bliss or woe ! 
And every soul, it passed me by, 
Like the whizz of my CROSS-BOW ! 



PART THE FOURTH. 

"I fear thee, ancient Mariner ! 

I fear thy skinny hand ! 

And thou art long, and lank, and brown, 

As is the ribbed sea-sand. 

"I fear thee and thy glittering eye, 
And thy skinny hand, so brown." — 
Fear not, fear not, thou Wedding-Guest ! 
This body dropt not down. 

Alone, alone, ail, ail alone, 
Alone on a wide wide sea ! 
And never a saint took pity on 
My soul in agony. 

The many men, so beautiful ! 

And they ail dead did lie : 

And a thousand thousand slimy things 

Lived on ; and so did I. 

I looked upon the rotting sea, 
And drew my eyes away ; 
I looked upon the rotting deck, 
And there the dead men lay. 

I looked to Heaven, and tried to pray : 
But or ever a prayer had gusht, 
A wicked whisper came, and made 
my heart as dry as dust. 



Je fermai mes paupières et je les tins fermées, 
et, sous elles, les boules de l'œil battaient 
comme le pouls dans la veine ; car le ciel et la 
mer, la mer et le ciel, pesaient comme un 
fardeau sur mes yeux fatigués ; et les morts 
étaient étendus à mes pieds. 

Une sueur froide ruisselait de leurs membres, 
quoiqu'ils ne fussent ni puants ni corrompus. 
Le regard qu'ils avaient jeté sur moi en 
mourant était encore tout entier dans leurs 
yeux. 

La malédiction d'un orphelin pourrait tirer du 
ciel même un esprit et le précipiter en enfer ; 
mais en est-il de plus terrible que celle qui 
brille dans l'œil d'un homme mort ? Sept jours 
et sept nuits je vis cette malédiction, et je ne 
pouvais mourir. 

Pendant ce temps, la lune mobile montait dans 
le ciel ; elle montait doucement, avec une 
étoile ou deux près d'elle. 

Ses rayons se jouaient sur la mer sans haleine 
: on eût dit la gelée blanche qu'avril répand 
sur la terre ; mais, au milieu de l'ombre 
projetée par le navire, l'onde ensorcelée 
brûlait toujours calme et d'un rouge terrible. 

Au-delà de ce reflet, j'aperçus des serpents 
d'eau ; ils se mouvaient dans des voies de 
clarté blanche, et quand ils dressaient leurs 
têtes au-dessus de l'onde, une lumière 
fantastique s'en détachait en nombreuses 
étincelles blanches. 

Passaient-ils dans l'ombre du vaisseau, 
j'admirais encore leur riche parure, leurs 
belles robes bleues, vert lustré et couleur de 
velours noir. Ils nageaient, louvoyaient, et 
chacune de leurs traces était un éclair de feu 
d'or. 

O heureuses choses vivantes ! nulle langue ne 
peut exprimer leurs beautés ! Un élan d'amour 
jaillit de mon cœur ; je les bénis 
involontairement. Il était sûr que mon bon 



I closed my lids, and kept them close, 

And the balls like puises beat ; 

For the sky and the sea, and the sea and the 

sky 

Lay like a load on my weary eye, 
And the dead were at my feet. 

The cold sweat melted from their limbs, 
Nor rot nor reek did they : 
The look with which they looked on me 
Had never passed away. 

An orphan's curse would drag to Hell 

A spirit from on high ; 

But oh ! more horrible than that 

Is a curse in a dead man's eye ! 

Seven days, seven nights, I saw that curse, 

And yet I could not die. 

The moving Moon went up the sky, 
And no where did abide : 
Softly she was going up, 
And a star or two beside. 

Her beams bemocked the sultry main, 
Like April hoar-frost spread ; 
But where the ship's huge shadow lay, 
The charmed water burnt alway 
A still and awful red. 

Beyond the shadow of the ship, 

I watched the water-snakes : 

They moved in tracks of shining white, 

And when they reared, the elfish light 

Fell off in hoary flakes. 

Within the shadow of the ship 

I watched their rich attire : 

Blue, glossy green, and velvet black, 

They coiled and swam ; and every track 

Was a flash of golden fire. 

O happy living things ! no tongue 
Their beauty might déclare : 
A spring of love gushed from my heart, 
And I blessed them unaware : 



patron avait pitié de mon âme ; je les bénis 
involontairement. 

Au même instant, je pus prier. De mon cou 
libre tomba l'albatros, et l'oiseau s'enfonça 
comme un plomb dans la mer. 



CINQUIÈME PARTIE 

O sommeil ! c'est une chose douce et aimée 
de l'un à l'autre pôle que le sommeil ! 
Louanges soient données à la vierge Marie, 
qui m'envoya du ciel le doux sommeil et le fit 
couler dans mon âme. 

Les seaux qui étaient restés si longtemps 
vides sur le pont me parurent, en songe, 
s'emplir de rosée, et quand je m'éveillai, il 
pleuvait. 

Mes lèvres étaient moites, mon gosier frais et 
mes vêtements tout humides. Bien 
certainement en mon rêve j'avais bu, et ma 
peau buvait encore. 

Je remuai, et je ne sentais pas mes membres. 
J'étais si léger que je crus avoir perdu la vie 
durant mon sommeil, et être devenu un esprit 
céleste. 

Et aussitôt j'entendis un vent mugir. Il ne vint 
pas jusqu'à moi, mais avec son bruit il agitait 
nos voiles, si amincies et si sèches. 

L'air supérieur prit de la vie, et mille pavillons 
de flamme y brillèrent ; ils couraient çà et là, 
et çà et là, alentour et dans les intervalles, les 
pâles étoiles dansaient. 

Et le vent qui venait mugit de plus en plus, et 
les voiles soupirèrent comme les joncs des 
marais, et la pluie tomba d'un noir nuage à 
l'extrémité duquel luisait la lune. 

L'épais nuage noir s'ouvrit ayant toujours la 



Sure my kind saint took pity on me, 
And I blessed them unaware. 

The self same moment I could pray ; 
And from my neck so free 
The Albatross fell off, and sank 
Like lead into the sea. 



PART THE FIFTH. 

Oh sleep ! it is a gentle thing, 
Beloved from pôle to pôle ! 
To Mary Queen the praise be given ! 
She sent the gentle sleep from Heaven, 
That slid into my soul. 

The silly buckets on the deck, 

That had so long remained, 

I dreamt that they were filled with dew ; 

And when I awoke, it rained. 

My lips were wet, my throat was cold, 
My garments ail were dank ; 
Sure I had drunken in my dreams, 
And still my body drank. 

I moved, and could not feel my limbs : 
I was so light — almost 
I thought that I had died in sleep, 
And was a blessed ghost. 

And soon I heard a roaring wind : 
It did not corne anear ; 
But with its sound it shook the sails, 
That were so thin and sere. 

The upper air burst into life ! 
And a hundred fire-flags sheen, 
To and fro they were hurried about ! 
And to and fro, and in and out, 
The wan stars danced between. 

And the coming wind did roar more loud, 
And the sails did sigh like sedge ; 
And the rain poured down from one black 
cloud ; 

The Moon was at its edge. 

The thick black cloud was cleft, and still 



lune à son côté. Comme l'eau jaillissant d'un 
haut rocher, la lumière des éclairs tomba de 
son ouverture en rivière de feu large et 
profonde. 

Le vent ne toucha pas le vaisseau, et 
cependant le vaisseau marcha sur l'onde ! Aux 
feux des éclairs et aux clartés de la lune mêlés 
ensemble, les hommes morts poussèrent un 
soupir. 

Ils gémirent, ils s'agitèrent ; puis ils se 
levèrent, mais sans parler et sans remuer les 
yeux. C'eût été bien extraordinaire, même en 
rêve, de voir des morts se lever ! 

Le pilote se mit au gouvernail et le navire 
marcha sans cependant qu'aucune brise 
soufflât. Les marins allèrent travailler aux 
cordages là où ils avaient coutume de le faire. 
Ils levaient leurs membres comme des 
machines sans vie. Nous formions un 
effrayant équipage. 

Le corps du fils de mon frère était près de moi 
; genou à genou, lui et moi nous tirions le 
même cordage, et cependant il ne me dit rien. 

— J'ai peur de toi, vieux marin ! — Sois 
tranquille, garçon de noce : ce n'étaient pas les 
âmes échappées dans l'angoisse qui animaient 
de nouveau ces cadavres, mais une troupe 
d'esprits célestes ; 

Car aussitôt que l'aurore apparut, ils laissèrent 
tomber leurs bras et se réunirent autour du 
grand mât. et alors de doux bruits 
s'échappèrent de leurs corps et sortirent 
lentement de leurs bouches. 



Autour d'eux, chaque doux son flottait 
quelque temps, puis il montait vers le soleil ; 
puis du soleil redescendaient lentement de 
pareils sons, tantôt seuls, tantôt mêlés. 

Parfois j'entendais tomber du ciel comme un 
chant d'alouette ; parfois une foule de petits 
oiseaux semblaient remplir la mer et l'air de 



The Moon was at its side : 
Like waters shot from some high crag, 
The lightning fell with never a jag, 
A river steep and wide. 

The loud wind never reached the ship, 
Yet now the ship moved on ! 
Beneath the lightning and the Moon 
The dead men gave a groan. 

They groaned, they stirred, they ail uprose, 
Nor spake, nor moved their eyes ; 
It had been strange, even in a dream, 
To have seen those dead men rise. 

The helmsman steered, the ship moved on ; 

Yet never a breeze up blew ; 

The mariners ail 'gan work the ropes, 

Where they were wont to do : 

They raised their limbs like lifeless tools — 

We were a ghastly crew. 

The body of my brother's son, 
Stood by me, knee to knee : 
The body and I pulled at one rope, 
But he said nought to me. 

"I fear thee, ancient Mariner !" 
Be calm, thou Wedding-Guest ! 
'Twas not those soûls that fled in pain, 
Which to their corses came again, 
But a troop of spirits blest : 

For when it dawned — they dropped their 
arms, 

And clustered round the mast ; 
Sweet sounds rose slowly through their 
mouths, 

And from their bodies passed. 

Around, around, flew each sweet sound, 
Then darted to the Sun ; 
Slowly the sounds came back again, 
Now mixed, now one by one. 

Sometimes a-dropping from the sky 
I heard the sky-lark sing ; 
Sometimes ail little birds that are, 



leurs doux gazouillements. 



Ou bien c'était comme un concert de tous les 
instruments connus, ou le bruit d'une flûte 
solitaire, ou enfin comme le chant d'un ange 
qui rend muet et attentif à sa voix le ciel 
entier. 

La musique cessa. Cependant les voiles 
continuèrent à produire un murmure agréable 
jusque vers le milieu du jour. C'était un 
murmure semblable à celui que donne, dans 
les chaleurs du mois de juin et à travers le 
silence de la nuit et des bois, le cours d'un 
ruisseau caché. 

Jusqu'au milieu du jour, nous fîmes voile 
paisiblement, quoique aucune brise ne 
soufflât. Doucement, doucement voguait le 
navire, poussé seulement par-dessous la 
quille. 

Sous les flots, à neuf brasses profondes, 
glissait l'esprit qui nous avait suivis depuis la 
région de brouillard et de neige. C'était lui qui 
faisait aller le vaisseau. A midi, les voiles ne 
rendirent plus de son, et le vaisseau demeura 
tranquille comme avant. 

Le soleil plana droit au-dessus des mâts, et 
semblait avoir cloué le navire sur l'océan. 
Mais en une minute le navire éprouva une 
violente secousse, il recula, avança moitié sa 
longueur d'une façon brusque et pénible. 



Ensuite, comme un cheval qui piaffe et qu'on 
laisse partir, il fit un bond soudain, si fort que 
le sang reflua vers ma tête et que je tombai 
évanoui sur le pont. 

Combien de temps je restai dans cet état, c'est 
ce que je ne puis dire. Toutefois est-il 
qu'avant de revenir à la vie, j'entendis du fond 
de mon âme le bruit distinct de deux voix 
dans les airs. 

"Est-ce lui, disait l'une, est-ce bien là l'homme 
? Par Celui qui mourut sur la croix ! est-ce là 



How they seemed to fill the sea and air 
With their sweet jargoning ! 

And now 'twas like ail instruments, 
Now like a lonely flûte ; 
And now it is an angel's song, 
That makes the Heavens be mute. 



It ceased ; yet still the sails made on 

A pleasant noise till noon, 

A noise like of a hidden brook 

In the leafy month of June, 

That to the sleeping woods ail night 

Singeth a quiet tune. 



Till noon we quietly sailed on, 
Yet never a breeze did breathe : 
Slowly and smoothly went the ship, 
Moved onward from beneath. 



Under the keel nine fathom deep, 
From the land of mist and snow, 
The spirit slid : and it was he 
That made the ship to go. 
The sails at noon left off their tune, 
And the ship stood still also. 

The Sun, right up above the mast, 
Had fixed her to the océan : 
But in a minute she 'gan stir, 
With a short uneasy motion — 
Backwards and forwards half her length 
With a short uneasy motion. 

Then like a pawing horse let go, 
She made a sudden bound : 
It flung the blood into my head, 
And I fell down in a swound. 

How long in that same fit I lay, 
I have not to déclare ; 
But ère my living life returned, 
I heard and in my soul discerned 
Two VOICES in the air. 

"Is it he ?" quoth one, "Is this the man ? 
By him who died on cross, 



l'homme qui avec son arbalète jeta bas 
l'innocent albatros ? 

"L'esprit roi de la région de brouillard et de 
neige aimait l'oiseau qui aimait cet homme, 
qui l'a tué de son arbalète." 



L'autre voix était une voix plus douce, aussi 
douce qu'une rosée de miel ; et elle dit : "Cet 
homme a déjà fait pénitence, et il le fera plus 
encore." 



SIXIEME PARTIE 
PREMIÈRE VOIX 

Mais dis-moi, dis-moi ! parle-moi encore, 
renouvelle ta douce réponse. Qui est-ce qui 
fait marcher si vite ce vaisseau ? que fait 
l'Océan ? 

SECONDE VOIX 

Tranquille comme un esclave devant son 
seigneur, l'Océan n'a pas une haleine. Son 
grand œil brillant est tourné très 
silencieusement vers la lune... 

comme pour savoir quelle conduite il doit 
tenir, car, qu'il soit calme ou courroucé, la 
lune est son guide. Vois, frère, vois avec 
quelle grâce elle laisse tomber sur lui ses 
regards ! 

PREMIÈRE VOIX 

Mais pourquoi ce vaisseau marche-t-il si vite, 
sans impulsion de vagues et de vent ? 

SECONDE VOIX 

L'air est interrompu devant lui et fermé 
derrière. 

Vole, frère, vole ! plus haut, plus haut ! ou 
nous serons surpris : car ce vaisseau ira avec 
lenteur dès que se dissipera l'extase du marin. 



Je m'éveillai, et nous voguions comme par un 
joli temps. Il était nuit, nuit calme. La lune 



With his cruel bow he laid full low, 
The harmless Albatross. 

"The spirit who bideth by himself 
In the land of mist and snow, 
He loved the bird that loved the man 
Who shot him with his bow." 

The other was a softer voice, 

As soft as honey-dew : 

Quoth he, "The man hath penance done, 

And penance more will do." 



PART THE SIXTH. 
FIRST VOICE. 

But tell me, tell me ! speak again, 
Thy soft response renewing — 
What makes that ship drive on so fast ? 
What is the OCEAN doing ? 

SECOND VOICE. 
Still as a slave before his lord, 
The OCEAN hath no blast ; 
His great bright eye most silently 
Up to the Moon is cast — 

If he may know which way to go ; 
For she guides him smooth or grim 
See, brother, see ! how graciously 
She looketh down on him. 



FIRST VOICE. 

But why drives on that ship so fast, 
Without or wave or wind ? 

SECOND VOICE. 

The air is eut away before, 

And closes from behind. 

Fly, brother, fly ! more high, more high 
Or we shall be belated : 
For slow and slow that ship will go, 
When the Mariner's trance is abated. 

I woke, and we were sailing on 

As in a gentle weather : 



brillait haut dans le ciel. Tous les hommes 
morts, se tenaient ensemble. 

Tous étaient couchés ensemble sur le pont, 
plus semblable à un charnier qu'à autre chose, 
et tous fixaient sur moi leurs yeux de pierre, 
que la lune rendait brillants. 

L'angoisse, la malédiction dans lesquelles ils 
étaient morts étaient toujours exprimées par 
leurs regards. Je ne pouvais détourner mes 
yeux des leurs, ni les élever au ciel pour prier. 

Enfin le charme fut rompu. Je regardai encore 
une fois le vert Océan, et, en regardant au 
loin, je ne vis rien de ce que j'aurais remarqué 
dans un autre état. 

J'étais comme un voyageur qui, dans un 
chemin solitaire, marche escorté de la peur et 
de l'effroi, et qui, ayant regardé une fois 
autour de lui, continue son chemin sans plus 
retourner la tête, parce qu'il sait qu'un ennemi 
terrible lui ferme la route par derrière. 

Aussitôt je sentis un vent qui me venait au 
visage, et il ne faisait aucun bruit, ne causait 
aucun mouvement. Nul sillon bouillonnant et 
ombreux n'était tracé par lui sur la mer. 

Il souleva mes cheveux, il éventa mes joues 
comme une brise des prés au printemps, et, 
tout en se mêlant à mes craintes, il me fit 
l'effet d'une bienvenue. 

Vite, vite glissait le vaisseau tout en allant 
doucement. Avec douceur aussi soufflait la 
brise, mais elle ne soufflait que sur moi. 

O rêve de bonheur ! est-ce là vraiment la tour 
du fanal ? est-ce la colline, est-ce l'église, est- 
ce mon propre pays que je vois ? 

Nous franchîmes la barre du port, et je me mis 
à prier en sanglotant : O mon Dieu ! tire-moi 
du sommeil ou laisse-moi dormir toujours ! 



'Twas night, calm night, the Moon was high ; 
The dead men stood together. 

AU stood together on the deck, 
For a charnel-dungeon fitter : 
AU fixed on me their stony eyes, 
That in the Moon did glitter. 

The pang, the curse, with which they died, 
Had never passed away : 
I could not draw my eyes from their s, 
Nor turn them up to pray. 

And now this spell was snapt : once more 
I viewed the océan green. 
And looked far forth, yet little saw 
Of what had else been seen — 

Like one that on a lonesome road 
Doth walk in fear and dread, 
And having once turned round walks on, 
And turns no more his head ; 
Because he knows, a frightful fiend 
Doth close behind him tread. 

But soon there breathed a wind on me, 
Nor sound nor motion made : 
Its path was not upon the sea, 
In ripple or in shade. 

It raised my hair, it fanned my cheek 
Like a meadow-gale of spring — 
It mingled strangely with my fears, 
Yet it felt like a welcoming. 

Swiftly, swiftly flew the ship, 
Yet she sailed softly too : 
Sweetly, sweetly blew the breeze — 
On me alone it blew. 

Oh ! dream of joy ! is this indeed 
The light-house top I see ? 
Is this the hill ? is this the kirk ? 
Is this mine own countree ! 

We drifted o'er the harbour-bar, 
And I with sobs did pray — 
O let me be awake, my God ! 
Or let me sleep alway. 



La rade du port avait la transparence d'un 
miroir, tant l'onde y était paisiblement 
étendue. Sur la baie se répandaient les clartés 
de la lune en même temps que ses ombres. 

Le rocher brillait sous ses rayons paisibles, 
ainsi que l'église bâtie dessus, et la girouette 
tranquille placée sur l'église. 

La baie était toute blanchie par la silencieuse 
clarté, jusqu'au moment où, s'élevant de son 
sein, nombre de figures qui n'étaient autre 
chose que des ombres se colorèrent de teintes 
rouges. 

Quand ces ombres rouges furent à peu de 
distance de la proue, je tournai mes yeux vers 
le pont du vaisseau. O Christ ! que vis-je là ? 

Chaque corps de marin y était étendu à plat et 
sans vie, et, par la sainte Croix ! un homme 
lumineux, un homme séraphin se tenait 
debout sur chaque cadavre. 

Cette troupe de séraphins agitait les mains : 
c'était un divin spectacle ! Chacun, belle 
forme lumineuse, faisait comme des signaux à 
la terre. 

Ils agitaient leurs mains, et pourtant ils ne 
proféraient aucune parole ; aucune parole... 
mais ce silence résonnait comme une musique 
dans mon cœur. 

Bientôt j'entendis le bruit des rames et 
l'acclamation d'un pilote. Ma tête se retourna 
forcément vers la mer, et je vis apparaître un 
canot. 

Un pilote et son mousse approchaient 
rapidement de moi. Cher Seigneur du Ciel ! 
c'était une joie que la vue de mes camarades 
morts ne pouvait empoisonner. 

Je vis une troisième personne... je reconnus sa 
voix. C'était le bon ermite... Il chantait 
hautement les hymnes sacrés qu'il avait 
composés dans les bois. Bon ! me dis-je, il me 



The harbour-bay was clear as glass, 
So smoothly it was strewn ! 
And on the bay the moonlight lay, 
And the shadow of the moon. 

The rock shone bright, the kirk no less, 
That stands above the rock : 
The moonlight steeped in silentness 
The steady weathercock. 

And the bay was white with silent light, 
Till rising from the same, 
Full many shapes, that shadows were, 
In crimson colours came. 



A little distance from the prow 
Those crimson shadows were : 
I turned my eyes upon the deck — 
Oh, Christ ! what saw I there ! 

Each corse lay flat, lifeless and flat, 
And, by the holy rood ! 
A man ail light, a seraph-man, 
On every corse there stood. 

This seraph band, each waved his hand : 
It was a heavenly sight ! 
They stood as signais to the land, 
Each one a lovely light : 

This seraph-band, each waved his hand, 
No voice did they impart — 
No voice ; but oh ! the silence sank 
Like music on my heart. 

But soon I heard the dash of oars ; 
I heard the Pilot's cheer ; 
My head was turned perforée away, 
And I saw a boat appear. 

The Pilot, and the Pilot's boy, 
I heard them coming fast : 
Dear Lord in Heaven ! it was a joy 
The dead men could not blast. 

I saw a third — I heard his voice : 
It is the Hermit good ! 
He singeth loud his godly hymns 
That he makes in the wood. 



confessera et lavera mon âme du sang de 
l'albatros. 



SEPTIÈME PARTIE 

Ce bon ermite vit dans un bois qui descend 
jusqu'à la mer. Comme il fait monter 
hautement sa douce voix vers le ciel ! Il aime 
à causer avec les marins revenant des contrées 
lointaines. 

Il prie le matin, à midi, et le soir, — et, pour 
prier, il a un coussin bien rondelet. C'est de la 
mousse qui recouvre entièrement le tronc 
pourri d'un vieux chêne. 

Le canot s'approcha. J'entendis les gens qui le 
montaient dire : — Voilà qui est étrange, en 
vérité ! Où sont ces lumières si nombreuses et 
si belles qui tout à l'heure nous faisaient des 
signes ? 

— C'est vraiment étrange ! dit l'ermite. Elles 
n'ont pas répondu à notre appel. Voyez ces 
planches déjetées, voyez ces voiles, comme 
elles sont amincies et fanées. Je n'en ai jamais 
vu de semblables. 



Je ne puis leur comparer que les trames des 
feuilles jaunes qui jonchent les bords du 
ruisseau de mon bois, quand les rameaux du 
lierre sont chargés de neige et quand le hibou 
hurle au loup qui, par derrière, mange le petit 
de la louve. 

— Cher Seigneur Dieu ! cela a un mauvais 
aspect, répliqua le pilote. Je suis tout effrayé. 

— Pousse au vaisseau, pousse dit hardiment 
l'ermite. 

Le canot vint plus près du navire, mais je ne 
parlai ni ne bougeai. Lorsqu'il fut tout à fait 
sous le vaisseau, un bruit soudain se fit 
entendre. 

Ce fut d'abord un grondement sous l'onde qui 



He'll shrieve my soul, he'll wash away 
The Albatross's blood. 



PART THE SEVENTH. 

This Hermit good lives in that wood 
Which slopes down to the sea. 
How loudly his sweet voice he rears ! 
He loves to talk with marineres 
That corne from a far countree. 

He kneels at morn and noon and eve — 
He hath a cushion plump : 
It is the moss that wholly hides 
The rotted old oak-stump. 

The skiff -boat neared : I heard them talk, 
"Why this is strange, I trow ! 
Where are those lights so many and fair, 
That signal made but now ?" 

"Strange, by my faith !" the Hermit said — 
"And they answered not our cheer ! 
The planks looked warped ! and see those 
sails, 

How thin they are and sere ! 
I never saw aught like to them, 
Unies s perchance it were 

"Brown skeletons of leaves that lag 
My forest-brook along ; 
When the ivy-tod is heavy with snow, 
And the owlet whoops to the wolf below, 
That eats the she-wolf s young." 

"Dear Lord ! it hath a fiendish look — 
(The Pilot made reply) 
I am a-feared" — "Push on, push on !" 
Said the Hermit cheerily. 

The boat came closer to the ship, 
But I nor spake nor stirred ; 
The boat came close beneath the ship, 
And straight a sound was heard. 

Under the water it rumbled on, 



devint de plus en plus profond et terrible. Il 
arriva jusqu'au navire, il ouvrit l'eau du golfe, 
puis le vaisseau s'enfonça dans la mer comme 
un plomb. 

Étourdi par ce bruit immense et épouvantable 
qui ébranlait le ciel et l'Océan, je restai 
flottant sur les flots comme un homme qui a 
été submergé depuis sept jours, mais, aussi 
promptement qu'en rêve, je me trouvai dans le 
canot du pilote. 

Sur le tourbillon où plongea le navire, le canot 
fit plusieurs tours ; puis tout redevint calme, 
excepté la colline qui retentissait encore du 
bruit. 

Je remuai les lèvres, le pilote poussa un cri et 
tomba en défaillance. Le saint ermite leva les 
yeux et se mit à prier à l'endroit où il était 
assis. 

Je pris les rames ; — le mousse, qui 
maintenant est quasi fou, poussa de longs et 
forts éclats de rire, et, tournant les yeux de 
côté et d'autre, se mit à dire : — Ha ! ha ! je 
vois pleinement que le diable s'y connaît à 
ramer. 

Et maintenant me voilà dans mon propre pays, 
sur la terre ferme. L'ermite sortit du canot ; à 
peine pouvait-il se tenir sur les jambes. 

Oh ! confesse-moi, confesse-moi, saint 
homme ! lui dis-je. L'ermite se signa. — Dis 
vite !... répondit-il, je l'ordonne, dis vite 
quelle espèce d'homme tu es. 

Au même instant mon être fut tourmenté par 
une douloureuse agonie qui me força de 
commencer mon histoire. Quand je l'eus 
terminée, je sentis mon cœur déchargé d'un 
grand poids. 

Depuis, à une heure incertaine, cette agonie 
me reprend, et jusqu'à ce que mon affreuse 
histoire soit dite, le cœur me brûle 
intérieurement. 



Still louder and more dread : 

It reached the ship, it split the bay ; 

The ship went down like lead. 

Stunned by that loud and dreadful sound, 

Which sky and océan smote, 

Like one that hath been seven days drowned 

My body lay afloat ; 

But swift as dreams, myself I found 

Within the Pilot's boat. 



Upon the whirl, where sank the ship, 
The boat spun round and round ; 
And ail was still, save that the hill 
Was telling of the sound. 

I moved my lips — the Pilot shrieked 
And fell down in a fit ; 
The holy Hermit raised his eyes, 
And prayed where he did sit. 

I took the oars : the Pilot's boy, 

Who now doth crazy go, 

Laughed loud and long, and ail the while 

His eyes went to and fro. 

"Ha ! ha !" quoth he, "Ml plain I see, 

The Devil knows how to row." 

And now, ail in my own countree, 
I stood on the firm land ! 
The Hermit stepped forth from the boat, 
And scarcely he could stand. 

"O shrieve me, shrieve me, holy man !" 
The Hermit crossed his brow. 
"Say quick," quoth he, "I bid thee say — 
What manner of man art thou ?" 

Forthwith this frame of mine was wrenched 
With a woeful agony, 
Which forced me to begin my taie ; 
And then it left me free. 



Since then, at an uncertain hour, 
That agony returns ; 
And till my ghastly taie is told, 
This heart within me burns. 



Je passe, comme la nuit, de terre en terre : j'ai 
une étrange puissance de parole. Du moment 
que j'ai vu sa figure, je sais l'homme qui doit 
m'écouter, et je lui apprends mon histoire. 

Mais quel vacarme sort de cette porte ? Tous 
les gens de la noce sont là. Sous la treille du 
jardin, la mariée et les compagnes de la 
mariée chantent. Silence ! la petite cloche du 
soir m'ordonne de prier. 

O garçon de noce ! cette âme a été seule sur la 
vaste, la vaste mer, et cette mer était si 
solitaire que c'est à peine si Dieu lui-même 
semblait y être. 

Ah ! s'il est doux d'être d'une fête de mariage, 
il est encore plus doux pour moi d'aller à 
l'église en bonne compagnie. 

D'aller à l'église en compagnie et d'y prier en 
compagnie, au milieu de gens qui s'inclinent 
devant le Père suprême, vieillards, enfants, 
bons amis, gais jeunes gens et joyeuses jeunes 
filles. 

Adieu, adieu ! mais je te dis ceci, garçon de 
noce ! il prie bien, celui qui aime bien, tout à 
la fois, hommes, oiseaux et bêtes. 

Il prie le mieux, celui qui aime le mieux 
également toutes choses, grandes et petites, 
car le cher Dieu, notre créateur, les fit toutes 
et les aime toutes. 

Sur ce, le marin à l'œil brillant et à la barbe 
blanchie par l'âge partit. Le garçon de noce 
s'éloigna à son tour de la porte du marié. 

Il s'en alla comme un homme étourdi et qui a 
perdu le sens. Le lendemain, il se leva plus 
triste, mais plus sage. 



I pass, like night, from land to land ; 
I have strange power of speech ; 
That moment that his face I see, 
I know the man that must hear me : 
To him my taie I teach. 

What loud uproar bursts from that door ! 
The wedding-guests are there : 
But in the garden-bower the bride 
And bride-maids singing are : 
And hark the little vesper bell, 
Which biddeth me to prayer ! 

O Wedding-Guest ! this soul hath been 
Alone on a wide wide sea : 
So lonely 'twas, that God himself 
Scarce seemed there to be. 

O sweeter than the marriage-feast, 
'Tis sweeter far to me, 
To walk together to the kirk 
With a goodly company ! — 

To walk together to the kirk, 

And ail together pray, 

While each to his great Father bends, 

Old men, and babes, and loving friends, 

And youths and maidens gay ! 

Farewell, farewell ! but this I tell 
To thee, thou Wedding-Guest ! 
He prayeth well, who loveth well 
Both man and bird and beast. 

He prayeth best, who loveth best 
AU things both great and small ; 
For the dear God who loveth us 
He made and loveth ail. 

The Mariner, whose eye is bright, 
Whose beard with âge is hoar, 
Is gone : and now the Wedding-Guest 
Turned from the bridegroom's door. 

He went like one that hath been stunned, 
And is of sensé forlorn : 
A sadder and a wiser man, 
He rose the morrow morn. 



notes 

1 . Partie 2, fin : 

Ah ! well a-day ! what evil looks 

Had Ifrom old and young ! 

Instead of the cross, the Albatros s 

About my neck was hung. 
Par une curieuse inadvertance, Barbier a 
traduit "cross" (croix) par arbalète (crossbow) 
nous avons corrigé. 

Ah !... hélas ! quels méchants regards me 
lançaient jeunes et vieux ! A la place de mon 
arbalète, l'albatros était pendu à mon cou. 



End of the Project Gutenberg EBook of The 
Rime of the Ancient Mariner, by 
Samuel Taylor Coleridge 



2. Partie 4, 4° stance 

The many men, so beautiful ! 

And they ail dead did lie : 

And a thousand thousand slimy things 

Lived on ; and so did I. 
Barbier traduit, omettant la fin : 
Tant d'hommes, tant d'hommes si beaux ! Ils 
gisaient là, tous morts, et mille choses 
visqueuses vivaient autour d'eux ! 
j'ai donc rajouté "et moi aussi"